FFMC au CNSR : une histoire parfois mouvementée

Depuis plus de vingt ans, le Conseil national de la sécurité routière (CNSR) réunit associations, experts, élus et institutions pour réfléchir aux politiques de sécurité routière. Si la FFMC y occupe aujourd’hui une place reconnue, son histoire avec cette instance a connu des périodes de dialogue et de rupture. De la contestation des radars automatiques à la défense d’une sécurité routière fondée sur l’éducation, des infrastructures adaptées aux deux roues motorisés (2RM) et le partage de la route, les motards en colère ont progressivement imposé leur expertise de terrain. Retour sur une relation parfois mouvementée, mais essentielle pour faire entendre la voix des usagers et peser sur les décisions qui façonnent la route de demain.

La FFMC siège au CNSR en continu depuis 2012, date de sa relance par Manuel Valls. Elle y siège dans ses trois commissions, dont le travail consiste à recommander au gouvernement des mesures en matière de sécurité routière. 70% de ces recommandations deviennent effectives par le biais du comité interministériel de sécurité routière, présidé par le premier ministre. Mais la vie du CNSR n’a pas été, loin s’en faut, un long fleuve tranquille, en général comme concernant la participation de la FFMC.

Enthousiasme puis douche froide

Le CNSR est lancé par le comité interministériel de sécurité routière (CISR) du gouvernement Jospin en 2001, avec pour objectif une concertation entre les différents acteurs de la sécurité routière afin d’affiner les mesures à prendre pour l’améliorer. Il est actif par période de mandats de trois ans, décrétés sous l’autorité du CISR donc du premier ministre. La FFMC y est invitée et participe volontiers à ses premiers travaux, se félicitant d’être consultée en la matière ! Une nouvelle majorité (gouvernement Sarkozy) met en sommeil le CNSR de juillet 2002 à avril 2003. En décembre 2003, arrivent les radars automatiques et surtout le contrôle sanction automatisé, contre lequel lutte la FFMC surtout en raison de la perte de présomption d’innocence qu’implique le CSA. Or le CNSR publie un communiqué de presse qui « félicite le gouvernement pour l’installation des radars automatiques et l’invite à poursuivre sa politique répressive ». La FFMC décide alors de quitter le CNSR. Par la suite, le CNSR connaît un sommeil de fait entre 2008 et 2012, son mandat n’ayant pas été renouvelé par les gouvernements de l’époque.

Retour actif

Le 27 novembre 2012, Manuel Valls, alors premier ministre, relance le CNSR. La FFMC espère alors que la politique de sécurité routière telle qu’annoncée va dans le bon sens, comme semble le montrer l’abandon de l’éthylotest obligatoire et du brassard de visibilité contre lesquels elle a lutté. La condition de notre participation est bien entendu que le CNSR travaille à une politique « en faveur d’une sécurité routière responsable et responsabilisante qui associe les usagers ». Fin 2016, un nouveau décret installe au CNSR le comité des experts, dont la vocation est d’éclairer par des études scientifiques les travaux des trois commissions.

La FFMC influente

Sous la présidence d’Yves Goasdoué, nommé pour la première fois président du CNSR en 2017 et renouvelé pour les deux mandats suivants, la FFMC affirme sa position d’expert de la sécurité routière sur le terrain, en particulier sous l’angle du partage de la route, des progrès nécessaires en matière d’éducation et d’infrastructures routières. Participant aux travaux des trois commissions, elle apporte un éclairage précieux, en particulier grâce à son implantation territoriale par le biais de ses antennes départementales. Lors du mandat 2021-2024, la FFMC, forte du constat d’une application inconstante donc inégale des mesures de sécurité routière dans les différents territoires, a pesé en faveur d’un meilleur management local de la sécurité routière. Par exemple, bien que la FFMC siège nationalement dans le CNSR, ses antennes ne sont pas toutes invitées à participer aux comités départementaux de sécurité routière. On peut également constater la diversité des infrastructures : glissières de sécurité pas doublées partout, obstacles installés à proximité voire directement sur la chaussée et pas forcément rendus visibles par panneaux ou peintures rétro-réfléchissantes, etc. C’est en partie grâce à cette influence que la mandature actuelle, qui court de 2026 à 2028, a intégré des acteurs de la vie locale : les communes (métropoles, communes urbaines et rurales, intercommunalités) y sont représentées.

Les recommandations adoptées

La dernière réunion plénière du CNSR, qui a eu lieu le 17 septembre dernier, a été l’occasion de marquer ses 25 ans d’existence et de présenter (et rendre publiques) les trois recommandations émises par les trois commissions. Rappelons au passage que depuis 2013, le CNSR a produit des recommandations dans des domaines très variés : l’éducation routière, les deux-roues motorisés, les cyclistes, la vitesse, l’alcool, les distracteurs, les infrastructures, l’automatisation de la conduite, les séniors, la santé et les blessés. Toutes sont rendues publiques sur le site du CNSR, incluant les trois dernières produites et votées unanimement lors de la dernière séance plénière. ;

  • La première recommandation de la commission « Éducation routière, apprentissage tout au long de la vie, risque routier professionnel », porte sur le renforcement du continuum éducatif en matière de sécurité routière. Elle propose notamment de développer l’apprentissage de la sécurité routière tout au long de la scolarité, de renforcer la perception du risque et la connaissance du partage de la route entre les différents usagers, mais aussi de favoriser l’apprentissage anticipé de la conduite. Elle intègre également les nouvelles formes de mobilité et certains véhicules accessibles dès 14 ans.
  • La deuxième recommandation de la commission « Infrastructures, innovations technologiques, partage de la route, actions locales » propose la création d’une Journée nationale des victimes des drames de la route, destinée à entretenir la mémoire collective, à soutenir les victimes et leurs familles et à renforcer la sensibilisation et la mobilisation autour de la prévention des risques routiers.
  • La troisième recommandation de la commission consacrée notamment à la santé, aux addictions, à l’aptitude à la conduite et à la prise en charge des victimes, concerne l’aptitude médicale à la conduite. Elle fait suite à la directive européenne sur le permis de conduire, et les dispositions relatives à l’obtention et au renouvellement dudit permis Le CNSR propose en lieu et place de la visite médicale obligatoire proposée par l’Europe, une mesure alternative : un questionnaire d’auto-évaluation et une sensibilisation des médecins traitants.

Un travail sans fin

La FFMC continue de s’investir pleinement dans les travaux des trois commissions, et propose régulièrement des thématiques qui pourraient faire l’objet des futurs travaux. Ainsi, comme l’article du site internet FFMC l’a proposé, le CNSR pourrait (devrait ?) travailler à limiter les distractions qui deviennent de plus en plus importantes dans – et sur - les véhicules récents, et bien d’autres propositions qui concernent tant les usagers vulnérables que nous sommes que les autres, que nous croisons tous les jours dans l’espace public.

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