Bilan du Contrôle Technique des deux-roues motorisés (2RM) Une réforme qui tape à côté de sa cible

L’UTAC a rendu public le premier bilan complet de la mise en place du contrôle technique pour les véhicules de catégorie L (2RM, voitures sans permis, quads). Pour la Fédération Française des Motards en Colère (FFMC), les chiffres parlent d’eux-mêmes : cette mesure, imposée contre toute logique de sécurité routière, confirme son inefficacité et ses dysfonctionnements majeurs.

Contrôle Technique
Un contrôleur Technique regardant une moto avec une lampe

Un boycott réussi : 2/3 des contrôles sont « forcés » par la vente

Les chiffres de l’UTAC révèlent une réalité que le gouvernement ne pourra plus ignorer : le boycott lancé par la FFMC est suivi. Sur les 1,2 million de véhicules contrôlés, près de 800 000 (soit les 2/3 du volume) n’ont passé l’examen que par obligation légale pour obtenir une carte grise lors d’une transaction sur le marché de l’occasion.
Hors changement de propriétaire, une large proportion des motards reste solidaire du mouvement et refuse de se soumettre à cette taxe déguisée. Ce « succès » statistique de l’UTAC est donc en trompe-l’œil : il ne traduit pas une adhésion à la sécurité, mais une contrainte administrative. Pour les motards, demeure un sentiment de racket pour combler l’inefficacité budgétaire.

Tout ça pour ça ?

Alors que seuls 10 % des automobiles (VL) ressortent du contrôle technique avec un PV vierge (aucune défaillance relevée), c’est en moyenne plus de 50 % des deux roues motorisés qui réalisent ce sans-faute.

Sur les constats concernant les fonctions qui peuvent avoir un réel impact sur la sécurité, les occurrences (défaillances majeures ou critiques) sont inférieures à 3 % (majeures) et inférieures à 0.05 % (critiques). C’est ce que nous disions déjà !

Un contrôle qui ignore les véhicules les moins entretenus

Le rapport souligne une réalité flagrante : les catégories de véhicules présentant les taux de défaillances les plus alarmants sont précisément celles qui sont le moins représentées dans les centres de contrôle.
- Alors que les motos (L3) représentent 74% des contrôles effectués, leur taux de contre-visite est l’un des plus bas du parc (11,1% en 2025) soit moitié moins que pour les automobiles.
- À l’inverse, les voitures sans permis (L6) et les cyclomoteurs (L1) affichent des taux de contre-visite record (respectivement 28,1% et 22,4% en 2025) , mais ne constituent qu’une infime partie des véhicules présentés.

Le constat est amer : le contrôle technique pèse massivement sur les motards qui entretiennent déjà scrupuleusement leur machine, tout en échouant à capter les véhicules qui semblent poser problème.

Mécanique moto
2 personnes faisant de la mécanique sur une moto dans la cours de Moto Magazine

L’inefficacité sécuritaire démontrée

La FFMC rappelle les raisons de son opposition au contrôle technique périodique : l’état technique du véhicule n’est une cause d’accident que dans moins de 0,5% des cas pour les deux-roues motorisés. Le bilan de l’UTAC montre que près de la moitié des défaillances relevées sont mineures et n’ont pas d’incidence sur la sécurité. De plus, l’augmentation du taux de contre-visite en 2025 (+1,9 point) est paradoxale puisque qu’en 2024, les véhicules les plus anciens étaient ceux concernés. Les véhicules plus récents seraient moins sûrs ?

Avec un âge moyen du parc contrôlé de 17,2 ans, ce contrôle pénalise d’abord les usagers utilisant des véhicules anciens par nécessité économique ou passion alors qu’ils semblent les mieux entretenus d’après les chiffres de l’UTAC.

Le bruit et l‘odeur

Concernant les questions, réelles, du bruit et de la pollution, la FFMC présente des propositions bien plus concrètes qu’un contrôle technique tous les 3 ans qui n’est pas efficient. Alors que les deux roues motorisés sont déjà, à raison, soumis à des normes de plus en plus strictes pour réduire ces émissions polluantes, et qu’un 2RM consomme en moyenne moitié moins d’essence qu’une voiture sur un même trajet, seuls des contrôles ciblés pourront être efficaces. Sinon c’est punir des millions d’utilisateurs pour les mauvais comportements d’une minorité.

Des dysfonctionnements coûteux pour les usagers

Ce contrôle pénalise des usagers responsables utilisant des véhicules entretenus correctement, et échoue à offrir le moindre gain tangible en matière de sécurité. Le système actuel privilégie le volume de contrôles au détriment d’une approche ciblée sur les risques réels.

Priorité à la formation et au dialogue

Face à ce constat d’échec, la FFMC réaffirme que la sécurité des utilisateurs de 2RM passe par des mesures réellement efficaces :
1. La formation des conducteurs et le partage de la route : les titulaires du permis A (moto) sont formés à vérifier l’état de leur véhicule.
2. L’amélioration des infrastructures routières, responsables de 30 % des accidents mortels.
3. Le remplacement du contrôle technique par des mesures alternatives moins pénalisantes et plus ciblées comme le permet la directive européenne 2014/45 sur le contrôle technique.

Le CT2RM rate complétement ses objectifs, ce n’est qu’une taxe de plus sur des usagers responsables et attachant une grande importance à leur sécurité. La FFMC reste déterminée à obtenir un aménagement de ce CT2RM moins pénalisant pour les usagers de 2RM .

A noter qu’une pétition s’opposant à la mise en œuvre du CT2RM a recueilli près de 80 000 signatures et sera examinée par la Commission du développement durable de l’Assemblée nationale. Un signe que la FFMC juge encourageant.

En savoir plus : https://www.ffmc.asso.fr/controle-technique-moto-deux-ans-d