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Feux de jour : les "experts" persistent et signent

mercredi 16 novembre 2005

Lors de la séance du 11 octobre du Conseil National de la Sécurité Routière, le ‘comité des experts’ remettait son rapport sur l’utilisation des feux de jour.

13 pages de pur bonheur pour qui aime déceler dans les rapports d’expert les incohérences, les conclusions écrites d’avance, les affirmations péremptoires et les approximations douteuses sous couvert de pseudo scientisme.

Le rapport commence par rappeler que le comité des experts n’a jamais recommandé d’expérimentation « dans la mesure ou une vérification ne lui semblait pas nécessaire puisque l’efficacité de cette mesure est bien établie par un grand nombre d’études scientifiques dans le monde ». Ca donne le ton...

Ca marche pas... Mais force lui est de reconnaître que « les français n’ont pas adhéré à une mesure (...) dont ils ne comprenaient pas l’utilité ».
D’aucuns diront que « les français » en ont compris toute l’inutilité, mais tout dépend du point de vue auquel on se place...
Très rapidement, le rapport ouvre donc le parapluie et annonce l’impossibilité de conclure sur une baisse de l’accidentalité, du fait du manque de suivi de la mesure. Il affirme néanmoins, péremptoire que les « objections de certaines associations de motocyclistes ne sont pas justifiées [car] il n’y a aucune nécessité de reconnaître les motos en tant que telles, [et] on peut escompter que cette mesure qu’elle conduise les motocyclistes à ne pas surestimer leur visibilité par les autres usagers » . Retenez la formule, elle reviendra par trois fois dans le rapport...

Rendez vous vous êtes cernés !
« Après la Suisse et l’Italie, l’Autriche vient de rendre (cette mesure) obligatoire depuis fin septembre, et la Belgique et l’Allemagne envisagent de faire de même. »
Quand on sait que ces pays annonçaient encore récemment attendre ‘les résultas de l’expérimentation française’ pour statuer, il y a de quoi sourire sur l’hypocrisie de cette technique du pied dans la porte, bien connue des commerciaux, doublée de celle de la stratégie de l’encerclement.

Le comité recommande de recommander
Tout ce qui précède n’empêche donc pas le comité des experts de recommander sans ciller :
-  de maintenir la recommandation permanente de l’utilisation des feux de croisement le jour et de l’étendre aux agglomérations en renouvelant une communication forte sur le sujet ;
-  de mener une action au niveau européen en vue de généraliser l’installation des feux dédiés sur les véhicules neufs .

L’énormité de la première de ces conclusions a-t- elle suffi à ce qu’elle n’ai pas été, à ce jour, suivie d’effet, ou le lobbying de la FFMC aurait-il porté ses fruits ? Quoi qu’il en soit, il reste la problématique des feux dédiés, sur lesquels on va revenir...

Les déçus des feux de jour
Le rapport note une baisse des opinions favorables à la mesure dans le courant de l’expérimentation malgré les campagnes audiovisuelles et radio, et en parallèle de la campagne plus larvée de dénigrement des motards (technique du ‘shaming’) qui a culminé avec le désormais tristement célèbre ‘Zone interdite’.
« Les campagnes menées n’ont pas pu contrebalancer les manifestations hostiles organisées par certaines associations de motocyclistes ». Prenez ça pour une félicitation... et un encouragement à poursuivre une campagne que la FFMC a su mener de manière constructive en mettant en avant des contre propositions, et grâce a une présence sur le terrain de ses antennes.

Le pari de l’intelligence
Parmi les détails des raisons pour lesquelles les français n’allumaient pas leurs feux : on note principalement , l’inutilité de la mesure (60%), la surconsommation et sur pollution (46%) , la baisse de visibilité des motards (40%) .
Et parmi ceux qui allumaient leurs feux malgré tout, nombreux sont ceux qui mettent en avant les ‘circonstances de visibilité’, preuve que le message (celui de la FFMC !) a porté !

Mettre une blouse blanche, étiquetée ‘expert’, ça donne du crédit aux évidences que l’on profère !

Morceaux choisis
Sans vouloir détailler ce que chacun d’entre nous aura constaté, précisons que le rapport indique que « c’est (plutôt) la luminosité ambiante qui conditionnait l’utilisation des feux de jour ». (sic) « Depuis avril, la pratique est devenue négligeable sur tous les réseaux ». « Le taux d’utilisation n’aura été conséquent que pendant trois mois ».
« Il y a une grande incompréhension de la mesure » et, faisant le parallèle avec le port de la ceinture de sécurité, une « nécessité d’acclimatation progressive de l’opinion publique aux mesures nouvelles » (sortez la vaseline ! )

Concernant les motards, les « experts » affirment que « la demande de reconnaissance par les feux de jour relève en fait plus de considérations sociologiques sur le besoin d’un groupe très solidaire de conserver un signe distinctif ».
Bref, d’après eux si on y tient a nos feux de jour, c’est plus pour se distinguer que par souci de sécurité... Ben voyons. Et le casque c’est pareil ? C’est pour se distinguer aussi ?

Florilége :
Envers et contre tout, faisant fi du manque d’évidence le rapport affirme pourtant, péremptoire, que « Du fait de cette faible pratique, il n’a pas été possible dans l’immédiat de démontre une baisse de l’accidentalité résultant de l’allumage des feux de jours ». Pourtant deux lignes plus haut il titre « l’expérience (...) ne peut remettre en cause l’efficacité de la mesure ». Quand on vous dit qu’on vous prend pour des crétins...

Cette approche est d’autant plus choquante que lors de la même séance du CNSR était présentées les conclusions d’une vaste enquête épidémiologique sur les effets du cannabis au volant. Cette étude relativise fortement le sur risque de la conduite sous l’emprise du cannabis : elle l’estime équivalente à la conduite après deux verres d’alcool (seuil légal de 0.5). Cela n’a pas empêché, en février 2003, une loi d’être votée à la hâte, qui punit de prison la conduite sous cannabis. Deux poids deux mesures ? Le CNSR visiblement gêné a décidé d’enterrer l’étude et/ou d’en retarder la publication : « afin de pouvoir communiquer sur le sujet et donner les vraies explications (...) il ne faudrait pas que le gouvernement la rende publique ».
Introduisant ainsi une nouvelle version des mots de La Fontaine : ‘Selon que vos études vont dans le sens du gouvernement ou pas, elles seront publiées ou enterrés’, et qu’importe leur validité scientifique...

Les feux dédiés
Venons en au plus dur : Car si le rapport affirme que 80% des français y sont favorables, et même curieusement ceux qui sont opposés aux ‘feux de jour’, c’est sans doute qu’il y a un malentendu sur leur nature. Car les feux dédiés, dans le sens ou l’entendent le comité des experts et le gouvernement sont en fait des sortes de ‘super feux de position’, fonctionnant a mi puissance, et automatiquement et en permanence dès que le moteur tourne. Ils laissent intact la problématique des usagers vulnérables (piétons et cyclistes), ne fonctionnent qu’à l’avant du véhicule, mais « éliminent une grande partie des critiques soulevées contre les feux de jour : consommation, éclairage du tableau de bord, usure des lampes, etc » et même éblouissement, car la puissance devient très faible (voir notamment la note de l’ADEME).
Bref, foin des propositions de la FFMC pour la généralisation des feux s’allumant automatiquement en fonction des conditions de luminosité, c’est bien de feux de jour s’avançant masqués qu’il s’agit ici.

CONCLUSION
Le seul avantage qu’on puisse trouver à la situation est que, à la vitesse ou va l’adoption et l’implémentation des réglementations au niveau européen, ces ‘feux dédiés » ne sont pas près de se généraliser, sauf initiative en ce sens de la part des constructeurs. On peut aussi, au niveau européen, trouver des alliés pour contrecarrer ces projets.
Mais face à ce « rapport d’expert » la FFMC constate que malgré des victoires dans la course de vitesse qu’elle a engagé face au gouvernement français sur les feux de jour, doit maintenant s’engager dans une course de fond, face aux propositions de feux dédiés au niveau européen. Elle va saisir la FEMA à ce sujet afin de poursuivre à l’échelon européen, la bataille qu’elle a entamé en France.

P.-S.

Le rapport complet et la recommandation du comité des experts est disponible à l’adresse suivante : http://www.securiteroutiere.gouv.fr...

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