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Petites réflexions sur la colère et la violence…

vendredi 7 décembre 2018

Depuis que la FFMC a été fondée en 1980, les premières réactions qu’entendent ses adhérents et ses représentants, c’est « pourquoi êtes-vous en colère ? » …et il nous faut toujours désamorcer cette interprétation inquiète du mot « colère » en rappelant que ça ne veut pas dire « violence ».

En cette fin d’année 2018, les mots « colère » et « violence » reviennent en force dans le débat public, brandis par les médias, les politiciens et ceux qui ont revêtu un gilet jaune en dernier recours pour exprimer leurs détresses et surtout, leur colère.

La colère (celle des motards à la fin des années 1970 en l’occurrence), c’est ce qui a fondé la création de la FFMC : en colère contre des décisions arbitraires, en colère d’être considérés comme les boucs-émissaires de l’accidentalité routière, en colère contre des réglementations absurdes, en colère contre la mauvaise foi des représentants de l’autorité qui prétendent régir des usagers qu’ils méconnaissent et que parfois, ils méprisent.

De cette colère, la FFMC et ses militants ont fait une force qui s’est traduite en actions : création de l’Assurance mutuelle des motards, d’un magazine de presse indépendant, réflexions et propositions sur l’éducation routière, les infrastructures routières, oppositions à la surenchère réglementaire, comme le contrôle-technique ou le port obligatoire et permanent du gilet jaune pour les motards décidé en 2012 sous Sarkozy et finalement lâché sous Hollande en 2013… suite à la ténacité de la FFMC contre cette énième mesure débile. Bref, la colère a souvent été payante pour s’opposer d’abord, rassembler, discuter, proposer ensuite et finalement, mettre en œuvre quand une solution peut être trouvée et acceptée. Mais quand la colère n’est pas prise en compte par les dirigeants d’un pays, quand les gens en colère ne sont pas écoutés, comment s’étonner que la violence ne devienne pas un moyen d’expression en réponse à la violence d’État, à la violence des mots et des décisions de ses représentants qui mettent les gens en colère. C’est vrai, rien ne justifie la violence.

Et pourtant, dire à un demandeur d’emploi qu’il n’a qu’à traverser la rue pour trouver du travail, c’est violent…
Reprocher au détenteur d’un véhicule de plus de 15 ans d’avoir une voiture ou une moto qualifiée de « polluante » et le forcer, par des interdictions de circulation, à le remplacer par un neuf ou carrément à s’en passer tout en l’accusant de contribuer au réchauffement climatique, c’est violent…
Faire la leçon aux usagers de la route sur la transition énergétique tout en laissant se développer le commerce de grande distribution, l’agriculture intensive et les autoroutes à péages pendant qu’on ferme des services publics locaux et des lignes SNCF qualifiées de « non-rentables » alors qu’elles étaient autrefois le lien et la réalisation d’un service public qui n’a pas à être rentable puisqu’il est public (et c’est ce qui, par principe démocratique, justifie l’impôt), ça met en colère…
Dire, pour les représentants de l’autorité, aux parents d’un jeune motard décédé contre une barrière à cause d’un trou dans la chaussée ou d’un épandage de graviers non signalés que s’il avait roulé moins vite, il n’aurait pas été responsable d’un « défaut de maîtrise de son véhicule », c’est violent…
Coller une prune de 135 € assortie d’un retrait de trois points de permis au motif de « port de casque non-homologué » à un motard qui circule paisiblement et à qui il manque juste quatre autocollants rétroréfléchissants sur son casque pourtant parfaitement homologué, ça met en colère…
Assigner des millions d’usagers à respecter une limitation de vitesse réduite à 80 km/h même là où ça n’a aucun sens et alors que la majorité de la population et de nombreux élus locaux ont contesté cette mesure, ça met en colère…
Déployer tout un système implacable de surveillance numérique, de contrôle-sanction-automatisé, de caméras de vidéo-verbalisation comme moyen principal de réduction de l’accidentalité routière alors que les filières de l’éducation routière et les associations œuvrant dans ce domaine sont abandonnées par l’État qui préfère ubériser en prétendant que ça coûtera moins cher, c’est violent…

Et quand la FFMC demande à être reçue par le ministre de l’Écologie pour partager et proposer des alternatives aux questions de mobilités et qu’elle ne recueille que mépris, n’est-ce pas aussi une forme de violence de la part de l’État qui ne peut que mettre en colère ceux qui veulent d’abord discuter ?
N’y avait-il pas de la violence dans les mots d’Emmanuel Macron quand il qualifie les Français en colère de « gaulois ingouvernables » ?
Quelques mois plus tard, avec cette crise des « Gilets jaunes », ces mêmes gaulois de plus en plus en colère répondent surtout qu’ils ne veulent plus être gouvernés par les tenants d’un ordre social d’une grande violence, quand l’ordre des uns fait le désordre des autres, quand l’ordre d’une minorité possédante et décideuse organise le désordre du plus grand nombre, tant sur le plan politique que sur le plan écologique.

Car en matière de crise environnementale, toute cette violence n’est rien comparée à ce qui nous attend si nous ne traitons pas les problèmes liés aux changements climatiques, quand la nature se met en colère.

Oui, c’est violent et ça fait mal… chez les motards, on appelle ça un « retour de kick ».

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